Ville de plus de 18,55 millions d’habitants en 2026 selon l’ONU, la ville de Kinshasa, capitale de la RDC, fait face à plusieurs défis liés à l’environnement.
Le premier facteur est la démographie qui connaît une croissance exponentielle là où le terrain n’est pas toujours propice. La population, obligée d’avoir un lieu d’habitation, se trouve, dans bien des cas, obligée de défricher de nouvelles terres, souvent habitées par d’autres espèces tant animales que végétales. Ainsi, les arbres, pourtant éléments majeurs dans le bien-être réel des humains, sont pris pour cible numéro un afin de faire place à des maisons.
À ce niveau, la responsabilité de l’autorité étatique est mise en jeu : elle est la première à condamner dans la mesure où les espaces détruits pour faire place aux maisons ne sont guère compensés. Le patriotisme environnemental voudrait que les responsables du secteur veillent en tout temps sur l’équilibre entre les nouvelles habitations et l’environnement.
Le deuxième danger porte sur la gestion des déchets.
Kinshasa se trouve actuellement asphyxiée par les bouteilles en plastique. Le problème n’est pas seulement la quantité de bouteilles, mais aussi leur degré de dispersion. Si le premier aspect est déjà suffisamment mis en lumière par plusieurs canaux, quoique sans solution, le deuxième sur la dispersion mérite questionnement.
Les bouteilles, partant de leur fabrication jusqu’à leur abandon, en passant par le chargement du produit (eau, jus, etc.) et le transport, sont l’objet d’une activité pleinement humaine (par l’homme et rien que pour l’homme). Dans la capitale congolaise, l’abondance de ces déchets est remarquable. Bien plus, les bouteilles se trouvent nombreuses dans les zones à forte activité humaine : marchés, routes…
Cette situation prévaut sur les cinq dernières années, malgré les efforts gouvernementaux consistant à placer des poubelles à plusieurs endroits de la capitale pour permettre la propreté de la ville, une collecte facile et augmente les chances d’un recyclage. L’opération dénommée « Kin Bopeto » aura fait sa part dans cette lutte pour résorber la prolifération des bouteilles plastiques, mais a montré ses limites. Il est aussi frappant de constater que, dans plusieurs cas, les poubelles rendues disponibles étaient vides, ou presque, alors que leurs alentours étaient inondés de ces bouteilles.
Une déduction simple s’impose : les bouteilles ne constituent pas le problème majeur, c’est l’homme qui les utilise en toute inconscience.
Il est courant, dans la capitale, de voir quelqu’un finir de consommer le contenu d’une bouteille avant de la jeter dès que le produit est fini, sans tenir compte de l’endroit où il la jette. Ce comportement en soi constitue un manque de respect vis-à-vis de son milieu d’habitation, de son pays, de ses compatriotes et surtout de la terre, sans s’en rendre compte, du moins pour les moins avisés qui sont malheureusement majoritaires.
Le résultat est sans appel : après la pluie, les cours d’eau charrient des millions de bouteilles sans que l’on ne sache qui tenir pour responsable. Si certains ciblent les autorités, ils n’ont pas tort, mais ils n’ont pas tout à fait raison non plus. Le responsable numéro un reste le consommateur. La tendance générale est que chaque consommateur jette sa bouteille et minimise son geste.
Une simple estimation mathématique (le nombre de consommateurs sur les 18,55 millions d’habitants × le nombre de bouteilles consommées par jour × le nombre de jours) donne une idée claire de la quantité industrielle de déchets produits par semaine ou par mois.
C’est à ce niveau-ci qu’il appartient aux autorités d’imposer un patriotisme environnemental. Tant par la responsabilisation et la sensibilisation que par des sanctions, qu’elles soient positives ou négatives.
Ce serait un pas de géant si chaque habitant de Kinshasa en venait à comprendre qu’il est responsable des images honteuses qui circulent après la pluie, avec des rivières pleines de bouteilles, et que responsabiliser le seul gouverneur ou une autre personnalité est une solution facile et lâche.
Joseph Bahati




